L'amiante est dangereux pour la santé parce que ses fibres, une fois respirées, restent dans les poumons, où elles peuvent provoquer des décennies plus tard des cancers et des maladies respiratoires graves. Le risque apparaît quand un matériau de construction contenant de l'amiante s'abîme, ou quand on le perce, le ponce ou le casse lors d'une rénovation ou d'une démolition.
Le bilan est lourd. D'après l'INRS, l'amiante est la deuxième cause de maladies professionnelles en France et la première cause de décès liés au travail, hors accidents. Interdit en France depuis 1997, il est pourtant encore présent dans une grande partie des bâtiments construits avant cette date. Son histoire est celle d'un véritable scandale sanitaire.
Leur nocivité tient à leur taille et à leur solidité. L'amiante est un minéral fait de fibres 400 à 500 fois plus fines qu'un cheveu. Respirées, elles descendent jusqu'aux alvéoles, tout au fond de l'appareil respiratoire, et l'inhalation reste de loin la principale voie d'entrée selon l'ANSES. Elles sont aussi biopersistantes, c'est-à-dire que l'organisme ne parvient ni à les dissoudre ni à les évacuer. Elles restent donc en place pendant des années, entretiennent une inflammation et peuvent provoquer une fibrose ou des lésions qui dégénèrent.
Toutes les variétés ne se valent pas. D'après le BRGM, la toxicité dépend de la dose inhalée, de la longueur des fibres (les longues et fines sont les plus dangereuses), de leur résistance dans l'organisme et de leur famille, les amphiboles étant plus toxiques que le chrysotile. Aucune n'est anodine pour autant. Toutes les variétés sont classées cancérogènes certaines pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer, et cancérogènes de catégorie 1A par l'Union européenne.
On ne connaît pas de seuil en dessous duquel une inhalation serait inoffensive. L'INRS rappelle que même de faibles expositions peuvent provoquer une maladie. Le risque augmente avec la quantité respirée, la durée et la fréquence des expositions.
C'est pour cela que la valeur limite imposée sur les chantiers, 10 fibres par litre d'air en moyenne sur 8 heures, ne garantit pas l'absence d'effets sur la santé. C'est un plafond de prévention. Dans les bâtiments, le Code de la santé publique retient un autre repère, 5 fibres par litre d'air, au-delà duquel des travaux deviennent obligatoires.
Le deuxième piège, c'est le temps. Les maladies se déclarent en général 20 à 40 ans après les premières expositions, parfois davantage, selon l'ANSES. On peut donc tomber malade aujourd'hui d'une exposition oubliée depuis longtemps.
L'amiante atteint surtout les poumons et la plèvre, l'enveloppe qui les entoure. Les principales atteintes sont les suivantes :
D'autres cancers sont suspectés sans preuve suffisante à ce jour (côlon-rectum, pharynx, estomac). Symptômes, diagnostic et prise en charge sont détaillés dans notre dossier sur les maladies provoquées par l'amiante.
Deux personnes exposées ne courent pas le même risque. Les sources officielles citent trois facteurs qui l'aggravent :
Pour un fumeur exposé dans son travail, le tabac est le seul de ces facteurs sur lequel il peut encore agir.
Tout dépend d'abord de ce qu'on fait avec l'élément amianté. Voici les situations qu'on nous décrit le plus souvent, avec ce qu'en disent les sources officielles :
| Situation | Niveau de risque | Que faire |
|---|---|---|
| Vivre dans une habitation avec des matériaux amiantés en bon état, sans y toucher | Très faible | Garder le diagnostic, surveiller l'état des matériaux |
| Un matériau qui se dégrade (flocage qui s'effrite, dalle cassée) | Réel, des fibres peuvent se libérer | Ne pas y toucher, faire évaluer par un diagnostiqueur |
| Un perçage ou un ponçage ponctuel, sans protection | Plus faible qu'une exposition répétée, mais pas nul | Arrêter, nettoyer à l'humide, voir les bons gestes après une exposition |
| Des travaux de bricolage répétés sur des produits amiantés | Élevé | Cesser, confier le chantier à une entreprise certifiée |
| Un artisan qui intervient sur des matériaux anciens | Élevé sans formation ni protection | Formation sous-section 4, équipements adaptés, repérage avant travaux |
| Une toiture en fibrociment cassée après une tempête | Réel au moment de ramasser les débris | Ne pas manipuler les morceaux, appeler un professionnel |
| Vivre à côté d'un chantier de retrait | Faible si la zone est confinée et contrôlée, réel si le chantier est mal protégé | Se renseigner auprès du maître d'ouvrage, signaler un chantier suspect à l'inspection du travail |
| Vivre sur un terrain naturellement amiantifère (Haute-Corse, Alpes) | Variable, surtout quand on remue la terre | Consulter les cartes du BRGM avant des travaux de terrassement |
Ce tableau est une lecture pratique des sources citées sur cette page, pas un avis médical. En cas de doute sur votre santé, parlez-en à votre médecin.
Les ouvriers qui fabriquaient ou posaient l'amiante ont payé le plus lourd tribut. Aujourd'hui, ce sont avant tout les professionnels du bâtiment qui interviennent dans des locaux anciens, souvent sans savoir qu'ils en contiennent : plombiers-chauffagistes, électriciens, couvreurs, plaquistes, peintres, maçons, ascensoristes. L'INRS estimait en 2007 entre 1 et 2 millions le nombre de travailleurs potentiellement exposés, dont 900 000 dans le bâtiment. Avant d'intervenir, un repérage amiante avant travaux leur dit ce qu'ils vont trouver.
Les particuliers sont concernés eux aussi, en bricolant ou par ricochet. Les proches des travailleurs ont été touchés par les poussières rapportées à la maison sur les vêtements de travail. Chez les femmes, les cas de cancer de la plèvre ont augmenté de 50 % depuis 1998, et le travail n'en explique qu'environ 40 %, d'après notre-environnement.gouv.fr.
La principale source d'exposition, pour tout le monde, reste l'amiante encore en place dans les bâtiments. La Fédération française du bâtiment estime qu'il se trouve toujours dans la moitié des 30 millions de logements du pays. Viennent ensuite les chantiers de retrait mal protégés, pour les riverains, et dans certaines régions la roche elle-même.
Oui, l'amiante naturel présente lui aussi un danger, dès qu'on le remue. En France, on le trouve surtout dans les Alpes occidentales, en Haute-Corse et en Nouvelle-Calédonie. Le BRGM liste les façons dont ses fibres se retrouvent dans l'air : l'altération naturelle des roches, la dégradation des sols après un feu ou un défrichement, les travaux d'aménagement et d'extraction, ou la circulation sur des routes non goudronnées.
Les activités les plus exposantes sont, dans l'ordre, les travaux de terrassement, le jardinage, puis la circulation à pied ou en voiture. L'effet se mesure. À Murato, en Haute-Corse, 41 % des habitants de plus de 50 ans présentent des plaques pleurales, selon le BRGM.
Les chiffres disponibles, source par source :
Ces malades peuvent être indemnisés, par le Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante ou au titre des maladies professionnelles. Les démarches sont expliquées dans notre article sur la prise en charge des victimes de l'amiante.
La réglementation est partie d'un constat sanitaire. Le décret du 24 décembre 1996 a interdit l'amiante en France à partir du 1er janvier 1997 (fabrication, importation, vente), et l'Union européenne a fait de même au 1er janvier 2005. Pour ce qui était déjà posé, la loi protège la santé sur trois fronts :
Pour un propriétaire, cela se traduit par des obligations précises, notamment à la vente. On les détaille sur notre page consacrée aux obligations légales liées à l'amiante.
La première protection, c'est de savoir. Si le permis de construire de votre logement date d'avant le 1er juillet 1997, consultez les documents existants ou faites réaliser un diagnostic amiante pour repérer les éléments susceptibles de contenir de l'amiante avant de toucher à quoi que ce soit. Les autorités sanitaires résument ensuite la règle en quatre mots, pas formé, pas toucher.
Dès qu'il s'agit de retirer, de casser ou de poncer, le chantier revient à des professionnels certifiés, qui assurent le retrait ou le confinement de l'amiante dans des conditions contrôlées, jusqu'à l'élimination des déchets. Pour les salariés, les mesures de prévention et de protection des travailleurs fixent les formations, les équipements et les limites d'exposition.
Et si vous pensez avoir été exposé, pas de panique inutile. Un contact bref est peu préoccupant, mais il vaut la peine d'agir correctement, et notre page que faire en cas d'exposition à l'amiante détaille les bons gestes et le suivi médical possible.
Respirer de l'amiante une seule fois présente un risque faible pour la santé, mais pas nul, puisqu'aucun seuil sans risque n'a été établi. Il augmente avec la répétition et la durée des expositions.
Non, un amiante qui n'est pas abîmé et qu'on ne touche pas présente un risque très faible. Il devient dangereux quand il se dégrade ou qu'on le perce, le ponce ou le casse.
Une toiture en amiante en bon état est peu dangereuse tant qu'on n'y touche pas. Elle le devient quand on la brosse, qu'on la nettoie au jet haute pression ou qu'elle est cassée, et même son démoussage relève d'une entreprise qualifiée. Pour savoir quand et comment la retirer, voyez le guide du retrait d'une toiture en amiante.
Les maladies liées à l'amiante apparaissent en général 20 à 40 ans après l'exposition, parfois plus. C'est ce délai qui rend le suivi médical des personnes exposées si important.
Toucher de l'amiante est peu préoccupant en soi, car le problème vient de ce qu'on respire. L'ANSES indique ne disposer d'aucune donnée sur une exposition par la peau. En revanche, manipuler un matériau amianté peut libérer des particules, et c'est là qu'il faut être prudent.
Maxime Lefou
Consultant
Maxime Lefou est consultant et formateur aux risques amiante depuis 2010. Il propose des formations aux professionnels du secteur qui souhaitent se maintenir à niveau face à l'évolution de la réglementation. Pour en savoir plus et contacter Maxime, écrivez-nous.