L'amiante, un danger silencieux encore bien présent

 

L'amiante a longtemps été le matériau miracle du bâtiment. Il isole, il résiste à la chaleur, au feu et à la corrosion, et il ne coûtait presque rien. C'est aussi un véritable poison pour la santé. Interdit en France depuis le 1er janvier 1997, il reste en place dans une grande partie des bâtiments construits avant cette date. La Fédération française du bâtiment estime qu'il se trouve encore dans la moitié des 30 millions de logements du pays, et il devient dangereux dès qu'il s'abîme ou qu'on y fait des travaux.

Ses conséquences sont toujours là. D'après l'INRS, l'amiante reste la deuxième cause de maladies professionnelles et la première cause de décès liés au travail, hors accidents. Cette page rassemble tout ce qu'il faut savoir, vérifié sur les sources officielles.

Au sommaire :

 

"Amiante, une histoire sans fin ..." : Un reportage d'Arte à voir.

Si vous avez le temps (une heure trente tout de même), prenez un moment pour voir ce documentaire passionnant qui couvre le sujet dans son ensemble. Sinon, on vous explique le principal rapidement un peu plus bas.

 

Qu'est-ce que l'amiante ?

Fibres d'amiante

L'amiante est un minéral naturel qui se présente sous forme de fibres. Son nom vient du grec amiantos, « incorruptible », et on l'appelle aussi asbeste, un mot qui évoque ce qui ne brûle pas. Ses fibres sont 400 à 500 fois plus fines qu'un cheveu, d'après l'INRS, ce qui les rend invisibles dans la poussière.

L'industrie l'a exploité pendant des décennies pour sa résistance thermique et son caractère incombustible, et parce qu'il rendait plus durables de nombreux matériaux de construction. Ses qualités techniques expliquent ce succès :

  • la résistance au feu,
  • la faible conductivité thermique, acoustique et électrique,
  • la résistance mécanique (à la traction, à la flexion et à l'usure) et aux agressions chimiques (acides et bases),
  • sa grande élasticité,
  • sa possibilité d'être filé et tissé,
  • le fait qu'il ne pourrit pas,
  • son coût très faible.

Toutes ces qualités ont permis que l’amiante soit utilisé tant dans le BTP que dans l’industrie et l’électroménager, et ce pendant de très longues années.

Toutefois, ces avantages apparents cachent une autre vérité bien moins reluisante : l'inhalation des fibres d’amiante peut causer de graves maladies respiratoires, et une exposition prolongée à cette substance entraîne des conséquences désastreuses sur la santé humaine.

Six variétés de fibres, deux familles

Sous le mot amiante se cachent six minéraux, classés en deux familles minéralogiques. Les serpentines n'en comptent qu'une, le chrysotile, aux fibres souples et ondulées. Les amphiboles regroupent les cinq autres, aux fibres droites et raides comme des aiguilles.

  • Le chrysotile, ou amiante blanc, est la variété la plus répandue, et la seule de la famille des serpentines.
  • La crocidolite, ou amiante bleu, est considérée comme l'une des variétés les plus dangereuses.
  • L'amosite, ou amiante brun, appartient lui aussi aux amphiboles.
  • La trémolite, l'actinolite et l'anthophyllite sont des formes moins courantes.

La réglementation française vise les six. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) les classe toutes cancérogènes pour l'homme, amiante blanc compris.

Amiante friable ou non friable, une distinction abandonnée en 2012

Ces deux termes circulent encore, y compris chez des professionnels. Jusqu'en 2012, le Code du travail séparait l'amiante friable (flocages, calorifugeages, tresses, textiles, qui libèrent facilement leurs fibres) et l'amiante non friable (amiante-ciment, dalles de sol, colles, joints, mastics). Le retrait de l'amiante non friable réalisé en extérieur échappait même à la certification.

Le décret du 4 mai 2012 a mis fin à cette distinction. Depuis, tout retrait ou encapsulage d'amiante, à l'intérieur comme à l'extérieur, doit être confié à une entreprise certifiée. La réglementation ne regarde plus l'état du matériau avant travaux mais le niveau de poussières que génère le chantier. Une plaque de fibrociment en bon état libère peu de fibres. La casser, la percer ou la poncer en libère beaucoup.

Une histoire très ancienne, un usage massif au XXe siècle

Même si son utilisation a été très populaire voire intensive dès la fin du XIXème siècle, il faut savoir que les qualités de l’amiante, et ses dangers par ailleurs, sont connus depuis plus de 2 000 ans. Ainsi les Grecs remarquaient déjà ses propriétés extraordinaires et les dommages aux poumons dont pouvaient souffrir les esclaves en contact avec le minerai. Oui, je sais, si vous lisez cela vous pensez comme nous tous que ceci est un vrai scandale, et je vous invite donc à lire cet article.

L'extraction industrielle a vraiment démarré dans la seconde moitié du XIXe siècle, avec la découverte de grands gisements, portée par l'industrie textile. À partir des années 1900, l’amiante a été régulièrement employé pour différentes applications. De par sa résistance aux très hautes températures et au feu, il est mélangé à du ciment. Ce mélange sera par la suite utilisé pour rendre isolants et ignifuges les murs des bâtiments. C’est d’ailleurs pour l’amiante-ciment que le minerai sera très utilisé, jusqu’à en représenter 90 % de l’usage.

En France, la consommation a culminé autour de 150 000 tonnes par an vers 1970, selon l'ANSES. Le pays avait aussi sa propre mine, à Canari, en Haute-Corse. Elle a produit jusqu'à 25 500 tonnes en 1962 avant de fermer en 1965, sans jamais couvrir plus d'environ 20 % des besoins nationaux, d'après le site cancer-environnement du Centre Léon Bérard. Le reste arrivait par bateau, déchargé à la main par les dockers.

Où trouve-t-on de l'amiante ?

L'amiante a été largement utilisé dans l'industrie, le bâtiment et les travaux publics pour ses avantages listés plus haut. Il est devenu un matériau de construction très populaire, présent dans les enduits, les tuiles, le ciment et les tuyaux. On le retrouvait aussi dans les isolants thermiques et électriques, les papiers et cartons, les peintures, les colles et le bitume, certains caoutchoucs et plastiques industriels, les textiles et les garnitures de freins. Les teneurs variaient énormément. Le FIVA cite 5 à 15 % d'amiante dans le fibrociment, et jusqu'à 50 à 90 % dans certains flocages.

On le trouve également mélangé à du textile pour, par exemple, constituer des vêtements résistants au feu. Pour ces mêmes raisons, on va le retrouver dans les matériaux constituants des plaquettes de freins ou encore dans certaines installations électriques pour ses capacités d’isolation. De fait, il va se retrouver dans un grand nombre de nos bâtiments publics et équipements, et de nombreuses personnes seront à son contact de manière quotidienne.

Il subsiste aujourd'hui dans les bâtiments anciens, où il a été mis en œuvre sous des formes très variées, dans les installations industrielles et dans de nombreux produits contenant de l'amiante fabriqués avant l'interdiction. Dans une maison ou un immeuble, il peut se cacher dans les plafonds, les planchers, les murs, les enduits, les isolants, les revêtements de sol, les toitures, les tuyaux et les conduits d'aération, etc.
Voilà pourquoi il faut réaliser un repérage de l'amiante avant de procéder à des travaux de rénovation ou de démolition.

L'amiante ne se voit pas à l'œil nu. Seule l'analyse en laboratoire d'un prélèvement confirme sa présence, et c'est un travail de spécialiste.

Les matériaux à surveiller, partie par partie

Le Code de la santé publique fixe la liste des matériaux et produits que le diagnostiqueur doit contrôler. La liste A regroupe les plus dangereux, qui peuvent libérer des fibres d'amiante en vieillissant, sans même qu'on y touche. La liste B rassemble ceux où l'amiante est lié dans une matière solide, et qui deviennent dangereux avant tout pendant des travaux. Voici où regarder dans un bâtiment construit avant 1997 :

  • Toiture et façades : plaques ondulées et ardoises en fibrociment, bardages, feuilles bitumineuses d'étanchéité, conduits de fumée et descentes d'eaux pluviales en amiante-ciment.
  • Sols : dalles vinyle, leurs colles, colles de carrelage.
  • Murs et plafonds : flocages, enduits au plâtre ou au ciment, faux plafonds, peintures « gouttelettes ».
  • Chauffage et canalisations : calorifugeages autour des tuyaux, joints de chaudière, canalisations en amiante-ciment.
  • Menuiseries : mastics des fenêtres, joints des portes coupe-feu.
  • Parties communes des immeubles : conduits de vide-ordures, freins d'ascenseurs.
  • Extérieurs : certains enrobés de parkings et de routes.

Cette liste n'est pas exhaustive, et un produit de la bonne époque n'en contient pas forcément. Dans le doute, on ne touche à rien avant une analyse.

Dans la maison, la voiture et l'environnement

Le bâtiment n'est pas le seul endroit concerné. L'ANSES cite des objets domestiques anciens qui en contenaient, comme des panneaux isolants, des planches à repasser ou des grille-pain. Les véhicules en ont longtemps utilisé dans les garnitures de freins et les embrayages.

L'amiante existe aussi à l'état naturel. En France, les principaux affleurements se trouvent dans les Alpes occidentales, en Haute-Corse et en Nouvelle-Calédonie, où environ 40 % de la surface du territoire en contiendrait selon cancer-environnement. Le BRGM (le service géologique national) cartographie depuis 2009 les zones où les roches et les sols peuvent en renfermer, pour éviter qu'un chantier de terrassement ne libère des fibres dans l'environnement. On en retrouve dans les sols et les sédiments issus de l'érosion de ces roches, et l'ANSES signale aussi la possibilité d'une exposition par l'eau, quand des canalisations en amiante-ciment se dégradent.

Comment savoir s'il y en a chez vous ?

Le premier indice est la date du permis de construire. S'il a été délivré après le 1er juillet 1997, il n'y a normalement pas d'amiante dans le bâti. Avant, tout matériau d'origine est susceptible de contenir de l'amiante, et c'est là qu'il faut chercher les documents existants (diagnostic de vente, dossier technique amiante de la copropriété). Comme le rappelle la Fédération française du bâtiment, seul un repérage par un professionnel certifié, complété par l'analyse d'un prélèvement, apporte une certitude. Pour savoir où regarder pièce par pièce, voyez notre guide de l'amiante dans votre logement.

Quels sont les dangers pour la santé ?

les maladies générées par l'amiante

Le danger pour la santé vient des fibres. Microscopiques, elles se libèrent quand le matériau s'abîme ou qu'on le travaille, puis se logent dans les poumons et la plèvre quand on les respire, et l'organisme ne sait pas les éliminer. Le CIRC classe l'amiante cancérogène certain pour l'homme (groupe 1), et ses effets sur la santé apparaissent en général 20 à 40 ans après l'exposition, parfois plus.

Aucune exposition n'est anodine. L'INRS rappelle que même de faibles expositions peuvent provoquer une maladie, et que le risque augmente avec leur répétition. Fumer aggrave nettement le risque de cancer du poumon chez les personnes exposées.

Les maladies en cause

On recense plusieurs maladies professionnelles attribuées à l'exposition à l'amiante, parmi lesquelles figurent :

  • Les plaques pleurales : des épaississements localisés de la plèvre, souvent sans symptômes, qui signent une exposition passée.
  • Les épaississements pleuraux et les pleurésies : ils peuvent provoquer douleurs thoraciques, toux et gêne respiratoire.
  • L'asbestose : une fibrose pulmonaire causant essoufflements et toux persistante, liée aux expositions prolongées.
  • Le cancer du poumon : la première cause de décès chez les personnes exposées.
  • Le mésothéliome : une forme rare mais agressive de cancer de la plèvre, plus rarement du péritoine ou du péricarde. L'amiante en est le seul facteur de risque avéré.
  • Les cancers du larynx et de l'ovaire : reconnus liés à l'amiante par le CIRC dans son évaluation publiée en 2012.

D'autres cancers sont suspectés sans preuve suffisante à ce jour (côlon-rectum, pharynx, estomac), d'après l'ANSES. On détaille ces pathologies sur une page dédiée.

Combien de malades en France et dans le monde ?

Les principaux chiffres disponibles, avec leur source :

  • entre 3 000 et 4 000 maladies professionnelles liées à l'amiante sont reconnues chaque année en France (INRS), avec un pic de 6 292 cas en 2007 (Assurance maladie, cité par l'ANSES),
  • environ 1 100 nouveaux cas de mésothéliome de la plèvre par an sur la période 2015-2016, contre 800 en 1998 (notre-environnement.gouv.fr),
  • chez les femmes, ces cas ont augmenté de 50 % depuis 1998, et le travail n'en explique qu'environ 40 %, contre 90 % chez les hommes,
  • le Haut Conseil de la santé publique projetait en 2014 de 50 000 à 75 000 décès par cancer du poumon et de 18 000 à 25 000 par mésothéliome dus à l'amiante d'ici 2050 (cité par l'ANSES),
  • dans le monde, l'OMS estime que l'exposition professionnelle à l'amiante tue plus de 200 000 personnes par an, soit plus de 70 % des décès par cancer d'origine professionnelle.

Les mécanismes sont expliqués plus en détail dans les dangers de l'amiante.

Qui est exposé aujourd'hui ?

Les premières victimes ont été les travailleurs qui fabriquaient, transformaient ou posaient l'amiante. Aujourd'hui, l'exposition professionnelle concerne en premier lieu les artisans du bâtiment qui interviennent dans des locaux anciens, souvent sans savoir qu'ils en contiennent. L'INRS estimait en 2007 entre 1 et 2 millions le nombre de travailleurs potentiellement exposés, dont 900 000 dans le bâtiment. Plombiers-chauffagistes, électriciens, couvreurs, plaquistes, peintres, maçons, ascensoristes, poseurs de sols ou de faux plafonds, tous sont concernés.

Les particuliers sont exposés eux aussi, en particulier quand ils bricolent. Percer une dalle de sol, poncer un enduit ou découper une plaque de fibrociment libère une poussière invisible dans l'air de la pièce, et le bricoleur ne porte en général aucune des protections exigées d'un professionnel.

Les proches ne sont pas à l'abri. Des familles entières ont été exposées par les poussières rapportées à la maison sur les vêtements de travail, ce qu'on appelle l'exposition para-professionnelle. Les riverains d'un chantier de démolition mal protégé peuvent aussi être exposés, surtout sous le vent.

Un cas revient après chaque orage de grêle ou chaque tempête, celui des toitures en fibrociment cassées. L'ARS Auvergne-Rhône-Alpes consacre une alerte à ce risque, qui touche particuliers, entreprises et exploitants agricoles. Plutôt que de monter sur un toit fragilisé ramasser des morceaux, mieux vaut appeler une entreprise spécialisée.

Comment être indemnisé en cas de maladie ?

Une maladie liée à l'amiante ouvre droit à une indemnisation, que l'exposition ait eu lieu au travail ou ailleurs. Le premier interlocuteur est le FIVA, le Fonds d'indemnisation des victimes de l'amiante, créé en 2000. Il indemnise toutes les victimes, qu'elles aient été salariées, fonctionnaires, indépendantes ou exposées hors de leur travail (on parle alors d'exposition environnementale), ainsi que les ayants droit d'une victime décédée.

La démarche est gratuite et ne demande pas d'avocat. Le dossier se dépose en ligne ou par courrier, puis le FIVA fait une offre chiffrée que vous pouvez accepter ou contester devant la cour d'appel. Attention au délai. La demande doit être faite dans les 10 ans qui suivent le premier certificat médical établissant le lien entre la maladie et l'amiante (pour une personne décédée, 10 ans à compter du certificat qui relie le décès à l'amiante).

Les salariés peuvent en parallèle faire reconnaître leur maladie comme maladie professionnelle auprès de leur caisse d'assurance maladie. Les maladies de l'amiante figurent dans les tableaux de maladies professionnelles n° 30 et 30 bis du régime général, et 47 et 47 bis du régime agricole, ce qui simplifie cette reconnaissance. Les associations qui accompagnent les victimes, l'adresse du FIVA et l'allocation de cessation anticipée d'activité sont présentées sur notre page consacrée à l'aide aux victimes de l'amiante.

Réglementation et interdiction de l'amiante

Face aux dangers de l'amiante, de nombreux pays ont limité puis interdit son usage. En France, le décret du 24 décembre 1996 a interdit, à partir du 1er janvier 1997, la fabrication, l'importation et la vente de toutes les variétés d'amiante et des produits contenant de l'amiante. Les produits déjà posés n'ont pas été retirés pour autant. La loi impose de les repérer, d'en assurer la surveillance et de protéger ceux qui travaillent dessus. La réglementation protège ainsi à la fois la population, les travailleurs et l'environnement.

Les grandes dates

Il a fallu des décennies pour passer des premières restrictions à l'interdiction complète :

  • 1977 : le CIRC classe l'amiante cancérogène, et la France prend ses premières mesures de restriction,
  • 1er janvier 1997 : interdiction totale en France,
  • 23 décembre 2000 : la loi de financement de la Sécurité sociale crée le FIVA,
  • 1er janvier 2005 : interdiction dans toute l'Union européenne,
  • 4 mai 2012 : un décret refond la prévention au travail et abandonne la distinction friable / non friable,
  • 2 juillet 2015 : la valeur limite d'exposition des travailleurs passe à 10 fibres par litre,
  • 16 juillet 2019 : arrêté qui fixe les règles du repérage avant travaux,
  • 6 mai 2026 : publication du second plan d'actions interministériel amiante, pour 2026-2030.

Ce que la loi impose aux propriétaires

Les obligations dépendent du type de bâtiment et de la situation. Elles concernent tous les immeubles dont le permis de construire a été délivré avant le 1er juillet 1997, et le tableau indique les listes de matériaux à faire repérer, d'après le Code de la santé publique :

Bâtiment En permanence Pour vendre Avant de démolir
Maison individuelle Aucune obligation Listes A et B Liste C
Appartement (parties privatives) Liste A (dossier amiante parties privatives) Listes A et B Liste C
Parties communes d'un immeuble Listes A et B (dossier technique amiante) Fiche récapitulative du dossier technique amiante Liste C

Le dossier technique amiante (DTA) rassemble les repérages, l'état des matériaux, les travaux déjà réalisés et des consignes de sécurité. Le propriétaire doit transmettre sa fiche récapitulative aux occupants dans le mois qui suit sa création ou sa mise à jour, et le communiquer à toute entreprise qui vient travailler dans l'immeuble.

Pour les matériaux de la liste A, l'état de conservation est noté de 1 à 3. Au niveau 1, on refait une évaluation tous les 3 ans. Au niveau 2, on mesure l'empoussièrement de l'air, et au-delà de 5 fibres par litre, les travaux deviennent obligatoires. Au niveau 3, le retrait ou le confinement doit être réalisé dans les 3 ans. Avant une démolition, le contrôle de la liste C va plus loin et autorise des sondages destructifs, maisons individuelles comprises.

À la vente, l'état d'amiante est annexé à la promesse ou à l'acte authentique. Sans lui, le vendeur ne peut pas s'exonérer de la garantie des vices cachés pour l'amiante. En copropriété, seul le syndicat des copropriétaires peut établir le document des parties communes. Le détail figure dans notre fiche sur vos obligations légales.

Le diagnostic immobilier amiante, obligatoire pour vendre

Diagnostic amiante

Si le permis de construire de votre logement a été délivré avant le 1er juillet 1997, vous devez fournir un diagnostic amiante (l'état d'amiante) au moment de la vente. Le diagnostiqueur, obligatoirement certifié, inspecte sans travaux destructifs les matériaux des listes A et B fixées par le Code de la santé publique, et fait analyser des prélèvements en cas de doute.

Ce diagnostic de vente ne suffit pas avant des travaux. Il faut alors le repérage avant travaux évoqué plus haut, beaucoup plus poussé, qui va jusqu'à sonder tout ce que le chantier va toucher.

Le désamiantage : processus et précautions

Trouver de l'amiante n'oblige pas toujours à le retirer. Tout dépend de son état et de ce que vous comptez faire des lieux. Quand le retrait s'impose, avant des travaux ou parce que l'élément amianté se dégrade, on parle de désamiantage. C'est une opération encadrée de près, parce qu'elle remue forcément des poussières.

Elle est réservée à des entreprises certifiées, dont les équipes sont formées et équipées pour ça. Avant le chantier, l'entreprise rédige un plan de retrait (ou de démolition, ou d'encapsulage), transmis à l'inspection du travail un mois avant le début des travaux. Un chantier suit ensuite en général ces étapes :

  1. Périmètre sécurisé pour empêcher toute dispersion, souvent avec un confinement de la zone.
  2. Retrait minutieux des matériaux contenant de l'amiante, avec des outils qui limitent les poussières.
  3. Emballage des déchets en sacs étanches et évacuation vers une filière agréée, avec un bordereau de suivi (BSDA).
  4. Contrôle de fin de chantier (examen visuel et mesure de l'air) avant de rendre les locaux.

Pendant tout le chantier, l'empoussièrement est surveillé. La réglementation le classe en trois niveaux, et au niveau 3, au-delà de 25 000 fibres par litre d'air, le travail doit s'arrêter immédiatement. Les règles de prévention des risques liés à l'amiante protègent les ouvriers, et avec eux les occupants et les voisins.

Combien ça coûte ?

Le prix dépend de la nature du chantier, de la surface et de l'accès. À titre indicatif, comptez entre 40 et 80 € HT le m² pour une toiture en fibrociment, et entre 40 et 180 € HT le m² pour des dalles de sol ou des faux plafonds, auxquels s'ajoute l'évacuation des déchets. Nos fourchettes détaillées sont sur la page prix du désamiantage, mais rien ne remplace un devis établi sur place.

Que deviennent les déchets ?

Tous les déchets qui contiennent de l'amiante sont des déchets dangereux pour la santé et l'environnement, et aucun ne peut finir dans une décharge de gravats ordinaire. Ceux qui viennent de matériaux de construction, comme les plaques de fibrociment, sont stockés dans des casiers dédiés d'installations de stockage de déchets non dangereux. Les autres partent en installation de stockage de déchets dangereux, ou plus rarement en vitrification. De la sortie du chantier jusqu'au site de stockage, chaque lot est suivi par un bordereau (le BSDA), dématérialisé sur la plateforme publique Trackdéchets, obligatoire depuis 2022. C'est au propriétaire de veiller à la bonne élimination de ses déchets.

Pour un particulier qui a quelques plaques à évacuer, certaines déchetteries acceptent l'amiante lié, bien emballé. Toutes ne le font pas, alors renseignez-vous auprès de votre mairie avant de charger la voiture. Le traitement des déchets d'amiante fait l'objet d'un article à part.

2 désamianteurs enlevent des plaques de fibrociment

Comment se protéger ?

Pour un particulier, se protéger, c'est d'abord se méfier des constructions anciennes. L'interdiction de 1997 a stoppé l'arrivée de nouveaux produits amiantés, sans rien changer à ceux qui étaient déjà posés, et c'est quand on les rénove ou qu'on bricole dedans que les poussières s'envolent. Un produit en bon état, qu'on laisse intact, ne pose pratiquement pas de problème.

La règle d'or tient en quatre mots, reprise par les autorités sanitaires : pas formé, pas toucher. Si une petite intervention est vraiment inévitable, les pouvoirs publics recommandent de respecter ces précautions :

  • vérifier d'abord les documents du logement (diagnostic, dossier technique amiante),
  • porter une combinaison et des gants jetables, et un masque FFP3,
  • humidifier la surface (ou utiliser un gel pour le perçage) pour limiter les poussières,
  • préférer les outils manuels, et jamais de disqueuse ni de tronçonneuse,
  • éloigner les autres personnes, couvrir le sol et sortir les meubles,
  • nettoyer la pièce et les outils au chiffon humide,
  • mettre les déchets dans des sacs étanches marqués « amiante »,
  • prendre une douche en sortant, cheveux compris.

Notre avis est simple. Dès qu'il s'agit de retirer, de casser ou de poncer, on arrête le bricolage et on appelle une entreprise certifiée. Économiser quelques centaines d'euros ne vaut pas le risque d'une maladie grave dans trente ans.

Vous pensez avoir respiré des fibres, sur un chantier ou en perçant une vieille plaque ? Notre page que faire en cas d'exposition à l'amiante détaille les bons gestes.

La protection des travailleurs exposés

Sur un chantier, la protection des travailleurs est fixée par le Code du travail. La valeur limite d'exposition professionnelle est de 10 fibres par litre d'air, en moyenne sur 8 heures, depuis le 2 juillet 2015. Ce n'est pas un seuil sans danger mais un plafond à ne jamais dépasser. L'employeur doit mesurer l'empoussièrement, fournir les équipements de protection (masques, combinaisons jetables) et former ses salariés, avec la formation SS3 ou SS4 selon qu'ils retirent l'amiante ou interviennent dessus. Ces travaux sont interdits aux mineurs, aux intérimaires et aux salariés en CDD, sauf exceptions prévues par la loi.

Le suivi médical ne s'arrête pas avec l'emploi. Pendant l'activité, c'est le médecin du travail, au sein du service de prévention et de santé au travail, qui suit les salariés exposés. Ensuite, les retraités et les demandeurs d'emploi exposés à l'amiante au cours de leur carrière ont droit à un suivi post-professionnel pris en charge par l'Assurance maladie, pour dépister au plus tôt une maladie qui peut se déclarer des décennies plus tard.

Quelles aides pour financer les travaux ?

Des aides existent, mais elles restent ciblées. D'après le ministère de la Transition écologique, l'Anah (Agence nationale de l'habitat) peut financer, sous conditions de ressources, le diagnostic suivi des travaux préconisés et l'élimination ou l'isolement des matériaux amiantés, dans le cadre d'un projet global de rénovation d'un logement dégradé. Les propriétaires bailleurs peuvent de leur côté déduire de leurs revenus fonciers les dépenses engagées pour protéger les locaux de l'amiante.

Pour les grandes toitures en fibrociment, une autre piste consiste à faire financer leur remplacement par une installation de panneaux solaires. On explique dans quels cas un désamiantage peut être gratuit.

Recherche et innovations

L'État a lancé en juin 2015 un programme de recherche dédié, le plan de recherche et développement amiante (PRDA), doté de 18 millions d'euros selon le ministère de la Transition écologique. Il suivait deux axes. Le premier visait à détecter et mesurer l'amiante de façon plus fiable et plus rapide, le second à réduire le coût et la durée des chantiers, gestion des déchets comprise. Au total, 26 programmes de recherche et 27 innovations proches du marché ont été soutenus.

Sur le terrain, la mécanisation progresse. Pour décoller les colles amiantées sous les dalles, la Fédération française du bâtiment cite des machines aspirantes qui mettent directement les résidus en sac, et des robots téléguidés sont testés pour décaper les peintures. Ces outils sont présentés dans la partie consacrée aux techniques de désamiantage.

Créée en 2017, la commission CEVALIA a évalué ces innovations techniques. Elle a examiné 38 dossiers et publié 13 avis, qui portent par exemple sur un outil de détection de l'amiante, des procédés de retrait, des tenues ventilées pour les opérateurs ou des contenants pour les déchets. Elle n'examine plus de nouveaux dossiers depuis août 2020. Un second plan d'actions interministériel, publié le 6 mai 2026, fixe cinq axes pour 2026-2030, dont l'information du public, la professionnalisation de la filière et le soutien à la recherche.

Côté santé, l'ANSES travaille sur les fibres courtes et sur les « particules minérales allongées », des fragments de roche de même composition que l'amiante dont la toxicité fait encore débat. Pour remplacer l'amiante, enfin, l'OMS note que la plupart des fibres de substitution présentent un danger relativement faible, que certaines restent préoccupantes, et que des matériaux non fibreux existent.

Et dans le reste du monde ?

L'interdiction de l'amiante est loin d'être mondiale. D'après l'OMS, plus de 50 pays l'ont interdit. L'Union européenne l'a fait dans tous ses États membres au 1er janvier 2005, huit ans après la France. Les États-Unis ont suivi bien plus tard, en mars 2024, en interdisant le chrysotile, la seule variété encore utilisée dans le pays. Le Canada, longtemps grand producteur, n'a plus aucune mine en activité depuis 2012.

Ailleurs, les mines tournent toujours. D'après l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS), il s'est encore extrait environ 1,2 million de tonnes d'amiante dans le monde en 2024, dont la moitié en Russie. L'essentiel part dans les tuyaux en ciment et les plaques de toiture, surtout en Asie.

Exemples de pays et leurs politiques

Quelques situations contrastées :

Pays Interdiction Situation
France Depuis le 1er janvier 1997 Repérages obligatoires à la vente et avant travaux
Union européenne Depuis le 1er janvier 2005 Directive 1999/77/CE
États-Unis Chrysotile banni en 2024 Sortie progressive de quelques usages industriels
Canada Engagement annoncé fin 2016 Plus aucune mine en activité depuis 2012
Russie Non Premier producteur mondial (environ 600 000 t en 2024)
Chine Non Production estimée à 200 000 t en 2024


Sources : décret n° 96-1133 du 24 décembre 1996, directive 1999/77/CE, US EPA (règle du 18 mars 2024), CCHST (Canada), USGS Mineral Commodity Summaries 2025, OMS.

Six idées fausses qui circulent

Le sujet est truffé de raccourcis, y compris chez des professionnels et sur des sites officiels. Voici ceux qu'on croise le plus souvent.

« L'amiante blanc n'est pas dangereux. » C'est faux. Le CIRC classe toutes les variétés cancérogènes, chrysotile compris, et l'OMS le rappelle dans sa fiche sur l'amiante.

« S'il y a de l'amiante, il faut tout retirer tout de suite. » Pas forcément. Un élément en bon état, qu'on ne touche pas, se surveille. Pour la liste A, une évaluation tous les 3 ans suffit tant que l'état reste bon.

« Le repérage avant travaux ne concerne que les bâtiments d'avant 1997. » Non. Le Code du travail le déclenche selon le risque d'exposition des travailleurs, et la date de construction n'est qu'un indice. On le démontre, textes à l'appui, dans notre dossier sur le repérage avant travaux.

« L'amiante non friable, c'est moins encadré. » Plus depuis 2012. Tout retrait, friable ou non, intérieur ou extérieur, passe par une entreprise certifiée.

« Une exposition courte, ça ne risque rien. » Aucun seuil inoffensif n'a été établi. Le danger est plus faible qu'en cas d'exposition répétée, mais il n'est pas nul.

« Un masque en papier suffit pour percer une plaque. » Non. Les autorités sanitaires recommandent au minimum un masque FFP3, une combinaison et des gants jetables, et une surface humidifiée.

Questions fréquentes sur l'amiante

Comment reconnaître la présence d'amiante dans un bâtiment ?

On ne reconnaît pas la présence d'amiante dans un bâtiment à l'œil nu. Seul un prélèvement analysé en laboratoire, réalisé par un diagnostiqueur certifié, permet de la confirmer. L'année de construction donne quand même un bon indice (bâtiment construit avant 1997, le doute est permis).

L'amiante est-il dangereux s'il est en bon état ?

Non, un amiante en bon état et laissé intact présente un risque très faible. Le danger apparaît quand il s'use, ou quand on le perce, le ponce ou le casse.

Quels matériaux de construction contiennent souvent de l'amiante ?

Les matériaux de construction qui contiennent souvent de l'amiante sont les plaques et ardoises en fibrociment, les canalisations en amiante-ciment, les dalles de sol vinyles et leurs colles, et certains isolants thermiques.

Où peut-on trouver de l'amiante aujourd'hui ?

On trouve encore de l'amiante aujourd'hui dans les bâtiments construits avant 1997, les usines anciennes et certains vieux équipements. Avant d'y intervenir, faites contrôler les lieux par un diagnostiqueur certifié.

Peut-on enlever de l'amiante soi-même ?

Enlever de l'amiante soi-même est fortement déconseillé. Les autorités sanitaires résument la règle en « pas formé, pas toucher », et les déchets devront de toute façon suivre la filière des déchets dangereux. Pour un retrait, faites appel à une entreprise certifiée.

Combien de temps après une exposition la maladie apparaît-elle ?

Une maladie liée à l'amiante apparaît en général 20 à 40 ans après l'exposition, parfois davantage. C'est pour cela que les personnes exposées ont droit à un suivi médical, y compris après leur carrière.

Quels sont les risques d'une exposition ponctuelle à l'amiante ?

Les risques d'une exposition ponctuelle à l'amiante sont plus faibles que ceux d'une exposition répétée, sans être nuls. Aucun seuil en dessous duquel l'exposition serait sans danger n'a été établi, d'où les précautions à prendre même pour un contact bref.

Qui paie le désamiantage ?

C'est le propriétaire qui paie le désamiantage de son bien, qu'il s'agisse d'un particulier, d'une copropriété ou d'une entreprise. Des aides de l'Anah existent sous conditions de ressources, dans le cadre d'une rénovation globale.

Où jeter des déchets d'amiante ?

Les déchets d'amiante se déposent uniquement dans une déchetterie qui les accepte, bien emballés, ou dans une installation de stockage spécialisée. Votre mairie peut vous indiquer le point de collecte le plus proche.



Dernière mise à jour le 26 septembre 2026.
Maxime Lefou Consultant

Maxime Lefou est consultant et formateur aux risques amiante depuis 2010. Il propose des formations aux professionnels du secteur qui souhaitent se maintenir à niveau face à l'évolution de la réglementation. Pour en savoir plus et contacter Maxime, écrivez-nous.

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